Frédéric Burgy

C’est un peu par hasard, et beaucoup par besoin de rêver, que je suis devenu conteur.
Ce que j’aime, c’est cette communion avec le public, ce moment où chacun se crée ses propres images au fil des mots.

Il m’arrive de sentir combien la frontière entre réel et imaginaire est fine…
Comme ce soir où, dans mon histoire, un chat apparaissait, et qu’au même instant, dans ce lieu improbable pour un chat, un vrai félin s’est faufilé entre mes jambes, avant de disparaître — comme par magie !

Je suis proche de la nature, du vent dans la montagne, des prairies ouvertes. Dans un monde trop cartésien, je crois qu’il faut parfois oser un pas de côté, laisser parler son imaginaire et rester un peu enfant.

Les histoires ne connaissent pas de frontières : elles franchissent ruisseaux, océans et siècles.

Je crois que le conteur, lorsqu’il entre en scène, s’éloigne un instant du tumulte du monde — ce monde souvent brutal — pour se réfugier dans un ailleurs fait d’images et de symboles. Il rêve tout haut pour ceux qui ont oublié comment on rêve.

Et puis, lorsque les mots retombent comme des feuilles après le vent, il revient à la lumière. C’est dans ce retour, ce fragile instant d’union avec l’autre, que réside peut-être le vrai sens de la reconnaissance.

Non pas une flatterie.
Mais une manière de dire : « Oui, j’ai entendu ton monde. Et pour un moment, j’y ai cru. »